DANSER LA VIE

AU DELA DE LA MORT

 

Alors que je n’étais que jeune paysagiste, une forêt voisine a brûlée pendant des jours (les canadairs étaient cloués au sol, suite à un accidents survenu en Corse).

Lorsque le feu fut enfin maîtrisé, je me suis rendu dans cet espace dévasté. Etrange sentiment d’être subjugué. Plus j’y revenais, plus je percevais une beauté qui m’inspirait. Comment pouvais percevoir le beau dans ce cataclysme environnemental où les flammes étaient passées ? Cela m’interpellais au plus profond de mon être. Comment ma sensibilité pouvait-elle percevoir le beau dans ce sinistre ?

La forme de ces arbres déchus me semblait danser la vie, or ils étaient morts.

Et les rochers, lessivés progressivement par les pluies, était avec le temps devenus très clairs. Par nuit de pleine lune, une étrange clarté (r)émanait. Dans ce lieu hanté, je me suis mis à prélever des squelettes d’arbres. Ces sujets me parlaient. Je me suis mis à les tailler et à mettre en valeur leurs formes, courbes et ondes. Mon objectif était de leur redonner vie en les inscrivant dans d’autres lieux. M’en servir comme de tuteurs peu ordinaires, et arriver ainsi à les faire refleurir.

Un client, est venu découvrir ce travail qui éveillait sa curiosité. Il a éveillé la mienne en m’affirmant que c’était une réelle démarche artistique que de redonner vie à des arbres morts. Qu’il fallait absolument que j’expose cela sur un événement artistique. Il connaissait une association d’artistes, nous a mit en relation, ils ont accepté que je vienne exposer avec eux. Suite aux retours gratifiants, et ayant pris connaissance d’un appel d’offre, j’osais me positionner et proposer les plans et un maquette d’un jardin d’arbres morts. Aussi surprenant que cela paraisse, mon projet morbide et décalé fut sélectionné, et la réalisation fut reconnus comme oeuvre (Ineed Valence).

Mais pouvais-je pour autant me considérer comme artiste ? Raisonnablement non.

Les bénéfices financiers de ce travail, m’incitèrent à m’isoler dans un petit cabanon pour résider à moindre frais. Je cherchais à voir en moi-même si j’avais réellement cette fibre et ce don artistique.

J’oeuvrais au quotidien avec mes bouts de bois provenant de feux de forêts. J’essayais, osais, donnais le temps au temps, allais au bout de mes limites, cherchais avec les bois les formes. Etais à l’écoute. J’apprenais non sans déboires les limites des contraintes de ce matériau. Je courais expositions et bibliothèques pour compulser des ouvrages et comprendre les spécificités des démarches de chacun. Je découvrais le plaisir d’oeuvrer dans la finesse, le détail, le brut et le subtil. Je me passionnais et comprenais alors…que si je choisissais cette vie, il m’en couterai et qu’il faudrait que j’ai le courage de me donner a fond, sans quoi cela n’aurait aucune chance ni signification.

Alors, je choisis le risque. Celui de vivre, celui de vivre cette passion, d’espérer un jour en vivre, de m’en donner les moyens et surtout de m’ouvrir à tous les possibles de la création.

Aussi surprenant que cela soit, je fus assez rapidement invité à participer à quelques festivals, et la Maison des Artistes reconnut mon travail et acccepta de m’affilier. Quelques années plus tard, ils reconnurent même mes créations de jardins. Je ne vis depuis plus que de mon art.

 

Dans ces bois de feu, je sculptais formes, courbes et expressions. J’en extrayais histoires que je me contais et personnages qui dansaient la vie. J’affirmais quelques expressions plus symboliques tel : le germe de l’idée, dompter le dragon, prendre la plume pour être l’auteur de sa vie.

Je crée en secret, ça se crée en moi.

Je m’ouvre à la vie, la vie s’ouvre à moi.

Je sculpte la matière, la matière me sculpte.

 

A Poitiers, j’ose prendre le risque d’arriver à faire ployer des bois avec les vents. Les formes épurées, élancées jouent et dansent avec les éléments.

De là, il m’est devenu essentiel de peindre et représenter la lumière de l’information qui est ma source d’inspiration.